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La panique boursière revient par cycles. Souvent brutale, toujours émotionnelle, elle pousse les marchés dans leurs retranchements et teste la résilience des investisseurs. Ces derniers jours, la hausse historique des tarifs douaniers aux États-Unis a provoqué une onde de choc : indices en chute libre, CAC 40 en repli de près de 9 % en une seule semaine, or en progression fulgurante au-dessus de 3 100 dollars l'once. Les algorithmes s'emballent, les ordres affluent, et les convictions vacillent. Que faire dans un tel contexte ? Vendre, renforcer, ou rester immobile ? La bonne réponse dépend moins de l'intensité de la crise que de la lucidité stratégique de chacun.
Les marchés n’aiment ni l’incertitude, ni la surprise. L'annonce d'une nouvelle salve de taxes douanières américaines (+54 % sur certains produits chinois) et la riposte immédiate de Pékin (+34 % sur les biens américains) n’est pas simplement une actualité géopolitique : c’est un signal, celui d’un durcissement durable des relations commerciales entre les deux plus grandes puissances mondiales. Un signal que les marchés lisent comme un potentiel catalyseur de récession. À court terme, la réaction est mécanique : désengagement des actions, afflux vers les obligations souveraines et les métaux précieux, volatilité en hausse, et sell-off généralisé sur les actifs risqués. Mais cette mécanique de marché ne préjuge pas de l’ampleur réelle de la crise à venir. Elle traduit avant tout un mouvement de protection immédiate, pas un jugement fondamental sur les perspectives économiques globales. Il est donc essentiel de distinguer l’événement déclencheur — ici, une décision politique — de ses implications économiques réelles, qui mettront du temps à se matérialiser. L’erreur serait de projeter le scénario le plus sombre sans l’avoir mesuré rationnellement.
Quand tout baisse, l’envie de faire « quelque chose » est humaine. Mais l’action en période de panique n’est pas toujours synonyme de bonne gestion. Dans de nombreux cas, le bon réflexe est de ne rien faire — volontairement. Adopter une posture d’attente, ce n’est pas subir, c’est préserver son capital psychologique et éviter les décisions guidées par la peur. Conserver ses positions, surtout lorsqu’elles reposent sur des convictions solides et une logique long terme, reste une stratégie pertinente. Cela suppose évidemment que le portefeuille ait été construit de manière robuste : diversification par classes d’actifs, par zones géographiques, par secteurs d’activité. Dans ce cas, une correction de marché — même violente — devient un simple épisode, pas une catastrophe. Historiquement, ceux qui vendent dans la panique ratent souvent les meilleurs jours de rebond. Et c’est là que se joue une part importante de la performance à long terme.
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À contre-courant de la tendance, certains investisseurs profitent de ces phases de stress pour acheter. Pas pour « jouer le rebond », mais pour saisir des opportunités créées par la dislocation des prix. Certaines valeurs solides peuvent se retrouver temporairement massacrées, non pas parce que leur modèle économique est remis en cause, mais simplement parce qu’elles sont emportées par le mouvement général. C’est la logique du « value investing » : identifier des actifs sous-évalués par rapport à leurs fondamentaux, et les intégrer dans une stratégie de long terme. Cette approche suppose une double condition : disposer de liquidités disponibles, et avoir la capacité émotionnelle de tolérer une baisse prolongée avant un éventuel retournement. Ce n’est pas une stratégie pour tous les profils, ni dans toutes les conditions. Mais utilisée avec discernement, elle peut générer des points d’entrée intéressants sur des titres de qualité.
Pour ceux qui souhaitent rester exposés aux marchés tout en limitant le risque, certaines mesures de couverture peuvent être envisagées. Les ordres stop-loss permettent de définir un niveau de perte maximal acceptable sur une position. Les plus avancés peuvent aussi se tourner vers des produits dérivés — options, ETF inversés, contrats à terme — pour protéger leur portefeuille ou prendre des positions opportunistes. Attention cependant : la couverture a un coût. Et mal utilisée, elle peut créer un faux sentiment de sécurité ou amplifier les pertes. Là encore, la clarté de l’objectif — protéger ou spéculer — doit guider la mise en œuvre.
Il faut rappeler une évidence trop souvent oubliée dans les phases d’euphorie : les fonds investis en bourse doivent être décorrélés des besoins immédiats. En d’autres termes, on ne joue pas l’avenir de son foyer sur un trade de court terme. Cette réserve de prudence, aussi basique soit-elle, est ce qui permet de tenir sur la durée. Un investisseur bien préparé est un investisseur qui n’a pas besoin de vendre. Et c’est souvent cela qui fait la différence entre perte temporaire et perte définitive.
Dans les moments de panique, le biais émotionnel est à son maximum. La peur brouille les repères, et l’isolement face aux décisions renforce l’incertitude. C’est là que l’accompagnement professionnel prend tout son sens. Un conseiller patrimonial ou un gérant expérimenté peut offrir une vision moins affective, plus ancrée dans une stratégie globale. Il ne s’agit pas de déléguer la responsabilité, mais de bénéficier d’un cadre. Savoir que chaque décision s’inscrit dans un plan pensé en amont permet d’éviter les gestes irréfléchis.
Les krachs, les paniques, les crises systémiques : tous laissent une trace. Ils enseignent une leçon clé à ceux qui les traversent avec lucidité : la discipline compte plus que le flair. Anticiper les crises est une gageure. Y survivre sans se renier est une stratégie. Dans les moments de fortes tensions, il faut surtout éviter de devenir le problème de son propre portefeuille.Rester calme, lucide et sélectif n’est pas un luxe, c’est une méthode. Dans un monde où les signaux faibles peuvent provoquer des tempêtes financières, la meilleure arme de l’investisseur reste la clarté de sa propre stratégie.
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