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Dernière mise à jour : 28/03/2025 - 17h37
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L’action Michelin sous pression : transformation crédible mais risque de turbulences commerciales

Après avoir subi la plus forte baisse du CAC 40 et du SBF 120 lors de la séance du 26 mars, Michelin reste toutefois en progression de 2 % depuis le début de l'année. Mais un choc externe, d'ampleur mondiale, pourrait redistribuer les cartes : l'imposition soudaine de droits de douane de 25 % sur les véhicules importés aux États-Unis. Pour l'équipementier auvergnat, solidement ancré dans le pneumatique, cette décision américaine tombe à un moment stratégique, alors même que le groupe déploie son virage vers l'innovation industrielle et les matériaux de demain.

L’action Michelin sous pression : transformation crédible mais risque de turbulences commerciales
Temps de lecture : 3 minute(s) - Par L Villedoré | Mis à jour le 27-03-2025 10:57 | Publié le 27-03-2025 08:59 Photo : Michelin 

Un groupe industriel robuste sur ses fondamentaux

Michelin reste l’un des rares industriels européens à conjuguer tradition et résilience. Avec un chiffre d’affaires de 27,2 milliards d’euros en 2024, en repli de 4,1 %, Michelin a confirmé sa capacité d’adaptation à des marchés en recul, notamment dans les segments de Première monte. Le résultat opérationnel des secteurs s’établit à 3,38 milliards d’euros, pour une marge solide de 12,4 %, en légère contraction par rapport à 2023 (12,6 %), malgré un effet volume négatif de -5,1 %. La qualité du mix, axé sur les produits à plus forte valeur ajoutée, ainsi que la performance des gammes 18 pouces et plus dans l’automobile, ont permis de préserver la rentabilité.

Le cash-flow libre atteint 2,23 milliards d’euros, un niveau élevé qui conforte la solidité du bilan, avec un ratio d’endettement net ramené à 16,7 %. Le résultat net recule légèrement à 1,89 milliard d’euros, ce qui n’empêche pas le groupe de proposer un dividende en hausse à 1,38 € par action.

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Un modèle en transition face à un retournement sectoriel

L’essentiel de l’activité de Michelin reste centré sur les pneumatiques (notamment de remplacement), mais la diversification s’intensifie, conformément au plan « Michelin in Motion 2030 ». Objectif : ramener la part des pneus à 70 % du chiffre d’affaires à l’horizon 2030, en développant les composites, la mobilité hydrogène, les services connectés pour les flottes et les matériaux biosourcés.

En 2024, la croissance des segments non-pneumatiques est encore restée modeste mais symbolique : les activités de Polymer Composite Solutions et les services digitaux continuent de monter en puissance. Michelin a par ailleurs multiplié les initiatives : prototype de roue lunaire avec la NASA, partenariat avec Microsoft pour optimiser les consommations énergétiques, ou encore démonstrateur de butadiène biosourcé en France.

Pour autant, la conjoncture reste défavorable. Les ventes ont reculé dans les trois grandes divisions : -1,3 % dans l’automobile et deux-roues (13,1 % de marge), -4,9 % dans le transport routier (marge en nette amélioration à 9 %), et -9,4 % dans les activités de spécialités, qui souffrent de la baisse des marchés agricoles et de la construction. Le recul de la Première monte est général : -7 % en Europe sur les pneus tourisme, -20 % sur les poids lourds.


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L'Amérique du Nord en ligne de mire : un risque commercial immédiat

Dans ce contexte déjà tendu, la décision de Donald Trump d’imposer des droits de douane de 25 % sur tous les véhicules importés aux États-Unis dès le 2 avril agit comme un choc externe aux implications immédiates pour Michelin. Le groupe réalise près de 39 % de ses ventes en Amérique du Nord, où il est leader dans le pneumatique de remplacement et fortement exposé aux chaînes d’approvisionnement automobiles.

Si Michelin ne vend pas de véhicules, la mesure pourrait affecter ses clients constructeurs et les volumes de pneus Première monte, voire impacter indirectement ses activités de remplacement, par effet de chaîne ou ajustement des politiques de flotte. Le groupe avait déjà dû faire face en 2024 à une baisse de 11 % des ventes Première monte dans le segment poids lourd en Amérique du Nord. Le coup de massue protectionniste pourrait amplifier cette tendance.

Le risque est d’autant plus significatif que le groupe commence à réorganiser son empreinte industrielle, avec des fermetures ou transformations d’usines en France, Chine, Sri Lanka ou Pologne. Cette agilité industrielle pourrait s’avérer précieuse dans un scénario de relocalisation accélérée.



Une valorisation modérée, mais soumise à des incertitudes

À 32,39 € au 27 mars, le titre Michelin affiche un PER estimé autour de 9, avec un rendement de dividende attractif de 5 %. Le consensus vise un objectif de cours entre 36 et 37,50 €, laissant un potentiel de +11 %. Toutefois, cette projection pourrait nécessiter un réajustement si les effets de la guerre commerciale transatlantique venaient à se matérialiser.

Le ROCE ressort à 10,5 % en 2024, en ligne avec l’objectif du plan stratégique, mais en recul par rapport à 2023 (11,4 %). L’indice de vitalité des offres (part des ventes issues de produits récents) s’établit à 29,4 %, légèrement sous l’objectif de 30 %. Des signaux positifs, mais qui traduisent aussi une certaine fatigue de cycle sur certains segments.

Une valeur défensive, mais pas à l'abri des tempêtes géopolitiques

Michelin reste l’un des rares industriels européens capables de conjuguer performance opérationnelle, vision stratégique et engagement ESG. L’année 2024 l’a démontré : malgré la contraction des marchés, le groupe a préservé ses marges, renforcé sa structure financière et poursuivi son virage vers les matériaux et services de demain.

Mais l’environnement change de nature. À la dégradation conjoncturelle s’ajoute désormais une instabilité politique et commerciale directe, qui touche le cœur de son marché nord-américain. Pour l’investisseur averti, Michelin demeure une valeur défensive de qualité. Toutefois, le moment d’entrée sur le titre mérite réflexion. Un repli temporaire pourrait créer une fenêtre d’opportunité, mais les prochaines semaines seront décisives pour évaluer l’impact réel des barrières douanières et le degré de résilience du modèle Michelin dans un monde plus fragmenté.

Tableau de bord actualisé – Michelin (2024)

IndicateurValeur 2024Chiffre d’affaires | 27,2 Mds €
Résultat net | 1,89 Md €
Résultat opérationnel des secteurs | 3,38 Mds €
Marge opérationnelle des secteurs | 12,4 %
Cash-flow libre | 2,23 Mds €
ROCE | 10,5 %
Dividende proposé | 1,38 € (rendement ~5 %)
PER estimé | 8,4
Endettement net | 3,1 Mds € (16,7 % des passifs)
Part de l’Amérique du Nord | 39 % du CA
Taux de croissance des ventes | -4,1 %
Indice de vitalité des offres | 29,4 %



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